Prendre deux ris et le troisième raki

On a la mauvaise habitude de dire que les marins boivent beaucoup, tout comme les journalistes d’ailleurs. Dans les deux cas, ce ne sont bien sûr que des racontars sans fondement. Ils sont justes curieux, ouverts et près à découvrir des cultures étrangères en goûtant les spécialités gastronomiques locales. Après deux mois de navigation, il nous semblait à ce titre important d’évoquer, dans un post culinaire, les meilleurs produits que nous ayons eu l’occasion de déguster jusqu’à présent.

Pour prendre l’apéro, il est ainsi conseillé d’embarquer un ou deux kilos de savoureuses amandes de Monastir, en Tunisie, accompagnées d’olives confîtes de Sigri, sur l’île de Lesbos. On pourra aussi apprécier le Komiški Hjib de Komiža, une sorte de pain constitué de figue séchées et compactées avec de l’huile d’olive et du laurier… Nous n’en dirons pas plus car les habitants de ce port de l’ile de Vis, en Croatie, en gardent jalousement la recette. Cette galette peut aussi avantageusement être consommé durant les longues nuits de veille en mer et a l’avantage de très bien se conserver sur un bateau. Attention cependant à ne pas en abuser avant les repas, sous peine d’avoir l’appétit totalement coupé.

Chaque région a ses spécialités et chaque pays ses préférences. Une constante cependant, sur toutes les côtes que nous avons longé, on consomme les mêmes produits. La « civilisation méditerranéenne de l’huile d’olive » n’est pas une formule creuse. Poulpes et calamars viennent en tête des produits de la mer, mais pour en apprécier pleinement la saveur, il convient souvent de les consommer de la plus simple manière, juste grillés…

Bien sûr, d’un pays à l’autre, nous découvrirons aussi les différences apportées par l’histoire, la culture ou la religion, notamment la grande césure alimentaire entre pays musulmans et chrétiens : au départ de Monastir, nous n’avons pas embarqué la moindre charcuterie, ce qui attrista sérieusement les casse-croûtes des heures de quart. Par contre, les sardines tunisiennes furent de tous les en-cas. Notre réserve, conséquente, a tenu jusqu’à Istanbul. Pour ces indispensables sandwichs des heures de mer, nous avons trouvé la manne providentiel à Cetinje, au Monténégro. Notre ami Peja nous a permis d’acheter un jambon, un authentique jambon de Njeguši, fumé à l’ancienne, pas l’un de ceux que l’on sert aux touristes… Le temps de vider un verre, le jambon de dix kilos fut tranché et empaqueté en sachets plastiques car, en mer, du fait de l’humidité, tout se périme rapidement, même le jambon de Njeguši.

Dans le monde chrétien – orthodoxe ou catholique – notre navigation a correspondu aux temps du Carême et de Pâques. Nous n’avons guère respecté le jeune mais, à Syros, nous avons dûment fêté la Résurrection en savourant l’agneau grillé et tous les mezze traditionnels qui envahissent la table en de pareils occasions : tapenade d’olive, légumes en saumure, tarama, tatziki, etc.

Pour accompagner ces bons produits, rien ne vaut quelques verres d’eau de vie, grappa en Italie, travarica ou raki sur les côtes croates, monténégrine et albanaise, tsipouro en Grèce.
Pour apprécier à sa juste valeur ce breuvage, préférez les productions artisanales, que l’on ne manquera pas de vous proposer, aux produits industriels que vous pourrez aussi trouver dans le commerce. Chaque bouteille est différente et chaque famille a ses secrets de distillation. Il convenait donc, selon un classement symbolique, de marquer nos préférences.

Alain, notre goûteur officiel, s’est prêté au jeu et a testé les bouteilles que nous avions embarqué à bord. Son trio de tête s’établit ainsi :
1.Travarica d’Okuklije, île de Mljet (Croatie), pour sa couleur ambrée, son parfum riche des plantes de l’île.
2.Rakija de Cetinje (Monténégro), à l’opposé, pour sa pureté et sa force.
3.Travarica de Komiza, île de Vis (Croatie), un mélange des deux, une diplomatie toute vénitienne.
3 bis. Tsipouro de Syros (Grèce), pour son parfum de soleil.

Suite de nos aventures gastronomiques dans un prochain post !

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